Fort Brégançon, au bord de la Méditerranée sur le territoire de la commune de Bormes-les-Mimosas dans le Var, est depuis plus de deux milles ans occupé pour des raisons stratégiques. Situé face à la rade d’Hyères et de Toulon, il a toujours été habité. Aujourd’hui, lieu de villégiature des Présidents de la République française, le fort de Brégançon sous un aspect extérieur assez sévère, donne presque l’impression d’une résidence secondaire paisible. Presque… (PHOTOS © ALEXANDRE REYNIER/THE PROVENCE HERALD – sauf photo en haut du fort : © Philippe Berthé – Centre des monuments nationaux)
La face austère du fort, vue depuis la montée donnant accès à la résidence.
Fort Brégançon : une longue histoire
Vue du côté est de l’île, vers les îles d’Or.
Le fort Brégançon tire son nom du mot gaulois « Briga » qui signifie « haut, élevé » bien que le sommet du piton ne dépasse pas 35 mètres. Les premières traces d’occupation remontent au VI° siècle avant Jésus-Christ.
Vers le VI° siècle avant Jésus-Christ, un oppidum est construit par les Ligures. Le site, un siècle avant, était un comptoir grec connu sous le nom de Pergantion. La première forteresse n’est construite qu’à l’époque mérovingienne.
Au Moyen Âge, après plusieurs propriétaires, le lieu passe sous l’autorité du comte Charles d’Anjou, frère cadet du roi Saint Louis et comte de Provence suite à son mariage avec l’héritière du comté, Béatrice de Provence. Il fait réaménager et rénover le fort Brégançon encore sur le continent.
La reine Jeanne I°, y séjourne en janvier 1348 après avoir fuit Naples envahi par son cousin Louis I° de Hongrie. De retour dans ses terres, elle fait don de Brégançon à l’armateur marseillais Jacques de Galbert le 31 juillet 1348. Elle revient sur sa donation en 1366. Tous, sans exception, ont un point commun : piller les côtes toulonnaise et hyéroise, sans oublier naturellement les actes de pirateries !
Le roi Louis XI, charge en 1481, le gouverneur de Provence Palmède de Forin et le gouverneur de Bourgogne Jean de Braudicourt de prendre possession de ce nouveau territoire et de le sécuriser. Ils déplacent ainsi le fort du continent sur l’îlot actuel. Malgré cela, le connétable Charles III de Bourbon, passé au service de Charles Quint en 1523 et disgracié, attaque le fort qui tombe après quelques jours.
Le fort Brégançon revient à la couronne en 1561 et le roi confie le commandement à un gouverneur pour éviter les problèmes de succession.
En 1624, le cardinal de Richelieu envoie le duc de Guise inspecter les défenses de la côte. Le fort est repensé pour lutter contre les pirates barbaresques infestant la Méditerranée.
Façade Sud du Fort. La partie gauche du bâtiment est la seule qui se visite. Au premier étage se trouve le bureau du Président de la République.
Bonaparte, pendant la Révolution, nommé inspecteur des côtes après avoir repris Toulon aux royalistes, s’arrête à Brégançon et s’y intéresse. Au pouvoir, il le dote d’une imposante artillerie comportant pas moins de 23 canons.
Au XIX° siècle, en 1870, le ministère de la Guerre réalise des travaux pour accueillir des pièces d’artillerie modernes et un magasin à poudre. En 1919, le fort est déclassé.
Loué à plusieurs locataires, le fort Brégançon végète doucement et se dégrade petit à petit, jusqu’à cette date du 14 août 1961, où le général de Gaulle vient y passer une nuit. Le fort de Brégançon entre dans l’histoire républicaine en devenant un lieu de villégiature des Présidents de la République française.
Le fort de Brégançon et les Présidents de la V° République
L’ensemble de la façade sud du fort, vue des jardins le surplombant.
Général de Gaulle, venu à Toulon le 25 août 1964 pour commémorer le 20° anniversaire du débarquement en Provence et ne trouvant pas de place dans les hôtels de la région en cette période estivale, s’installe pour une nuit dans le fort. Le lit trop petit, le général mesurait 1,96 m, et des moustiques trop musiciens lui font passer une nuit « cauchemardesque » et jure de ne jamais y revenir. Malgré cela, en 1968 il signe un décret faisant du fort une « résidence officielle du président de la République » et le 25 septembre de cette même année, l’îlot et le fort Brégançon sont classés monuments historiques.
Le salon vert avec les deux fauteuils et la bibliothèque de Pierre Paulin, designer. Ami de Georges Pompidou il travaillait pour lui à l’Elysée. Le tapis est un Cogolin.
Georges Pompidou. Le couple Georges et Claude Pompidou, dès 1969, font du fort leur lieu de villégiature en s’y rendant tous les week-ends, été comme hiver. Homme et femme de cultures, passionnés d’art moderne, ils aménagent l’intérieur de la forteresse et font installer de nouvelles décorations. De nombreuses œuvres signées Pierre Paulin, designer, qui travaillait déjà pour l’Elysée, se retrouvent dans les différentes pièces. Le fort Brégançon devient le lieu du savoir-faire français en matière de design tant mobilier que décoratif.
Valéry Giscard d’Estaing. En 1976, deux ans après son élection à la présidence de la république, il passe en famille les vacances de Pâques et d’été au fort. Son épouse, Anne-Aymone, installe du mobilier Louis XVI aux tons vert pomme et rose ancien. Des tapis de Cogolin, une vaisselle et des nappes fleuries qui sont toujours présents. Le président se divertit en pratiquant le tennis et la voile. Pour donner une image moderne, il se fait photographier en maillot de bain ou en espadrilles. Le mobilier contemporain choisi par le couple Pompidou est retiré. Mais la politique n’est jamais loin. Son premier ministre, bientôt démissionnaire, Jacques Chirac va vivre un moment qu’il juge lui-même comme une humiliation. Invité par le président avec sa femme Bernadette à un diner, ils se retrouvent sur des tabourets pendant l’apéritif tandis que le président et son épouse sont dans des fauteuils.
Ensemble mise en place par Anne-Aymone Giscard d’Estaing. Tons vert pomme et rose ancien, époque Louis XVI.
François Mitterrand est le président qui s’est le moins rendu au fort. En août 1985, il y reçoit le chancelier allemand Helmut Khol et le premier ministre irlandais Garret FitzGerald. Il y organise une conférence de presse avec son fils Gilbert, afin d’éteindre les rumeurs sur sa maladie. En 1981, après son élection, le premier ministre Pierre Mauroy, déclarait : « La République n’a pas besoin de résidences secondaires ».
Jacques Chirac et son épouse se rendent au fort dès l’été 1995 après son élection. Il « s’y ennuie plutôt » et mangeait surtout des salades et des grillades. Son épouse, Bernadette, vient parfois seule ou accompagnée de sa mère et de ses filles. En avril 2007, il effectue sa dernière visite et se trouve longuement applaudi à la sortie de la messe. Le couple apporte peu de modifications décoratives, notamment dans le salon vert à côté du boudoir. Du côté politique, il reçoit le président algérien Abdelaziz Bouteflika en vue d’apaiser les relations franco-algérien car ce dernier avait traité les harkis de « collabos ».
Point de vue à 180° face aux îles d’Or et à la mer Méditerranée.
Nicolas Sarkozy, se rend au fort de Brégançon en 2007, après son investiture, quatre fois avec son épouse Cécilia. Là il se laisse filmer par les caméras de télévision lors de son jogging quotidien. Après son mariage avec Carla Bruni Tedeschi, il habite plus souvent dans la propriété de sa femme au cap Nègre dans la commune voisine du Lavandou. Il revient au fort en 2011 où il est pris en photo sur la plage aux côtés de son épouse enceinte.
François Hollande avec sa compagne Valérie Trierweiller passe ses vacances d’été 2012. Il ne reviendra plus car le couple en a gardé « un goût amer », la presse ayant reproché à sa compagne d’avoir acheté des coussins luxueux pour rembourrer les chaises du fort. Ceux-ci ont été depuis récupérés par le Mobilier National. Le 12 octobre 2013, François Hollande annonce sa décision d’abandonner le site comme résidence présidentielle et de l’ouvrir au public. Depuis, le site est ouvert à la visite de la dernière semaine de juin à la fin septembre. Comme le président se garde toutefois la possibilité d’y séjourner, les appartements privés ne sont pas visitables.
La sécurité présidentielle :
Elle est assurée par deux pelotons de gendarmerie, deux équipes de la garde républicaine séjournant en permanence. Sur mer, par un patrouilleur et un autre navire de la Marine nationale lorsque le président s’y trouve. Les coûts d’entretien et de fonctionnement sont mal connus. En 2005 une zone réglementée, identifiée LF-R 60, de 3 km autour du fort et de 1000 mètres d’altitude est instaurée afin d’assurer sa protection.
Le fort Brégançon :
Il possède toujours son aspect du XVII° siècle avec deux tours, le donjon et la tour ouest, et un corps de bâtiment agrémenté d’un belvédère dominant la falaise du rocher et la plage privée. Il comporte également un héliport et un jardin.
Escalier allant au jardin et au point de vue.
A voir : le bâtiment central visitable comportant un vestibule, un boudoir, le salon vert et le salon-chapelle. Les jardins comprennent des arbres et des plantes méditerranéens. Aux quatre coins magnifiques vues sur la côte varoise, les îles d’or et la Méditerranée.
POUR VISITER :
Attention, il n’est pas possible d’acheter de billet d’entrée à la porte du fort Brégançon. Il faut impérativement acheter les billets par internet ou à l’office du tourisme de Bormes-les-Mimosas (04 94 01 38 35). La gestion du site fort Brégançon, comme plus de 100 monuments nationaux, est confiée au “Centre des monuments nationaux“.
Vue du fort sur la plage de Cabasson et sur l’artère reliant l’île au continent.
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