Ernest Pignon Ernest révèle par une intervention in situ à l’église abbatiale Saint Pons à Nice ses rencontres avec les saintes mystiques de l’époque baroque. Le dessin des corps, en noir et blanc, atteint une densité rarement représentée où se conjuguent la tension physique née de la pesanteur de la chair et l’élévation spirituelle tant voulue et espérée. Cette dichotomie n’est qu’apparente. L’un ne peut se comprendre sans l’autre, l’autre peut vivre que s’il y a l’un. Cette consubstantialité est l’essence même de la sainteté. Ernest Pignon Ernest l’a parfaitement compris. A voir absolument. Jusqu’au 2 octobre 2016. (photos : Ernest Pignon Ernest, Extases, 2016 © ADAG, Paris, 2016)
Ernest Pignon Ernest : amour charnel et désir transcendantal
Cette intervention in situ à l’église abbatiale de SAINT PONS se comprend au regard de sa propre démarche dans le « Streets art ». L’église, consacrée à un saint martyr du III° siècle, devient un espace permettant un dialogue quasi sensoriel entre ce qu’il montre et ce que l’église dit. Les deux ont pour exaltation la souffrance de la chair, mise en visibilité de ce qu’il est improbable de dire.
« Extases » par la monstration de portraits des grandes mystiques chrétiennes du baroque se fond naturellement dans la démarche de l’artiste vis-à-vis de la représentation du corps et des passions humaines. Ici, il est particulièrement lisible et tout autant visible que l’aspiration douloureuse et jouissive de ce besoin de mysticisme de la part des saintes n’est pas occultée par les dessins d’Ernest Pignon Ernest. Ils sont là comme une photographie saisissant l’instant parfait où l’image concentre toute l’histoire de l’être même.
Les dessins des saintes sont au format 1/1 et centrés chacun sur de grands panneaux en papier mouffleté et contrecollé. Ces « portraits imaginés » sont le fruit des lectures d’Ernest Pignon Ernest des textes écrits par les saintes elles-mêmes ou par leur confesseur. A leur lecture, l’artiste trouve des références aux grands noms de l’art comme le Bernin, Caravage, Sodoma, ou Gérard de Nerval, Pierre-Jean Jouve, Jean-Noël Vuarnet, Claude Louis-Combet, André Velter.
Les œuvres collées sur des feuilles de papier grand format aux courbes et contre-courbes lévitent au-dessus d’un miroir d’eau aux reflets vertigineux. Cette eau aux pieds des saintes témoigne du « ruissellement d’amour » de chacune des saintes pour leur seigneur. Corps présent et esprit aspirant se donnent en signe de réalité.
Leurs dessins ont nécessité plusieurs centaines d’heures d’esquisses réalisées en ayant pour modèle la danseuse-étoile Bernice Coppieters, des Ballets de Monte-Carlo.
Empreinte et réalité
Chaque œuvre évoque les empreintes de corps soufflé sur les murs à Hiroshima. Ils sont « projetés » sur le papier comme une réalité tangible et pour autant imaginé. Cette dualité entre le visible et notre mémoire de l’évènement de la seconde guerre mondiale joue ce rôle iconique utile à la lecture.
Dans l’église Saint Pons à Nice comme dans les rues à Paris, Naples, Alger, Nice, Soweto, ou au Chili, en Palestine et sur tous les continents, les dessins d’Ernest Pignon Ernest sur papier au format de l’homme se posent pour être vus à l’image d’un reflet de nous-mêmes.
Tous ont pour toile de fond l’iconographie du voile de sainte Véronique et celle du suaire de Turin. Les corps grandeur nature et le dessin en lui-même confèrent aux images les caractéristiques des empreintes. Ils montrent ainsi et parfaitement leur pouvoir de suggestion. L’autre référence scripturaire se trouve dans Pline l’Ancien affirmant que l’homme se trouve dans l’ombre portée de sa silhouette. Cette approche se retrouvera dans la guilde de Saint-Luc, corporation de peintres, de graveurs et d’imprimeurs.
« Extases », intervention in situ à ne pas manquer.
EXTASES dans d’autres lieux à d’autres moments :
Chaque intervention s’est présentée différemment en fonction des lieux et de leur configuration :
2008 : Chapelle St Charles, en Avignon
2010 : Chapelle des Carmélites, musée d’Art et d’Histoire, Saint-Denis
2013 : Chapelle du Musée de l’Hospice Comtesse, Lille
Prieuré Ronsard de Saint-Cosme, La Riche
2014 : Chapelle Saint-Louis-Hôpital de la Salpêtrière, Paris
2016 : Eglise abbatiale de Saint Pons, Nice
INFORMATIONS PRATIQUES :
Fermée au public depuis 1999, l’église reste ouverte pendant l’exposition « Extases » d’Ernest Pignon-Ernest, du 27 juin au 2 octobre 2016. Du mercredi au dimanche de 15h00 à 18h00. Entrée libre. Visite organisée : 5€, achat des billets au Centre du patrimoine.
ACCES :
Eglise abbatiale Saint Pons : Montée de l’Abbaye de Saint Pons, 0006 Nice.
Tramway : ligne 1, arrêt « Hôpital Pasteur ».
Bus : 4, 16, 20, 25.
Vélobleu : station n°171.
Voiture : parking pasteur 2, sous l’hôpital pasteur 2.
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