mardi 26 juillet 2016

JEAN-PIERRE TUVERI MAIRE DE SAINT-TROPEZ

Jean-Pierre Tuveri nous reçoit à la mairie, dans son bureau. De la fenêtre le regard se perd sur le Golfe de Saint-Tropez dont les eaux conjuguent un camaïeu de bleu que seule la Méditerranée sait offrir. L’interview durera deux heures et demie permettant d’aborder presque tous les sujets. Portrait d’un homme déterminé et pudique. (Photos © Alexandre Reynier/The Provence Herald)

Jean-Pierre Tuveri, l’homme

The Provence Herald : Avant d’aborder l’homme politique nous aimerions connaître l’homme de tous les jours. Pouvez-vous nous dire votre histoire personnelle avant votre travail à l’OCDE ?
Jean-Pierre TUVERI : Je suis né en 1938 à Saint-Tropez. Mes parents étaient d’origine italienne. Mon père arrive en France, à Saint-Tropez, en 1922, à l’âge de 22 ans, après avoir combattu dans les rangs de l’armée italienne durant la Première Guerre mondiale. Il meurt en 2010, à 110 ans. Ma mère s’occupait de la famille composée de ma sœur et de moi-même.

T.P.H. : Que faisaient vos parents ?
J-P. TUVERI : Mon père s’occupait d’une propriété comme gardien puis régisseur. Il était aidé de ma mère pour certaines tâches.

T.P.H. : Après le lycée quelles ont été vos études ?
J-P. TUVERI : J’ai fait Sciences Po à Paris et une licence en droit et économie. A cette époque, l’économie et le droit composaient le même cursus, plus maintenant. J’ai poursuivis par un Doctorat en Science économique dont le sujet portait sur la crise du dollar, déjà !, et plus particulièrement sur la théorie des transferts. Après la Seconde Guerre mondiale, il y avait une pénurie de liquidités en dollars qui sera vite comblée par de grands transferts d’argent grâce au réarmement des pays du monde libre. Cette circulation mondiale du dollar entrainera, mécaniquement, d’autres transferts permettant la relance de l’industrie, certes, mais aussi des déséquilibres. Cette recherche m’a permis d’obtenir la bourse Fulbright pour travailler pendant quinze mois aux Etats-Unis à Berkeley, plus précisément. (La Commission Fulbright existe toujours et offre chaque année une centaine de bourses à des candidats qui souhaitent se rendre aux Etats-Unis. Ces bourses sont financées par le Ministère des Affaires Etrangères et du Développement international, le Département d’Etat américain, le Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement supérieur et de la recherche, certains Conseils régionaux et des fondations privées.)

T.P.H. : Pourquoi avez-vous suivi cette filière ?
J.-P. TUVERI : Depuis toujours je suis passionné par l’Histoire. Mais cette matière n’assure pas un plan de carrière intéressant sauf si vous voulez devenir professeur. En plus de l’histoire, la diplomatie me passionnait et me passionne toujours. Je voulais aller au Japon à cette époque.

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Jean-Pierre Tuveri et l’O.C.D.E.

T.P.H. : Comment avez-vous trouvé votre premier emploi ?
J.-P. TUVERI : De retour des U.S.A. et après neuf mois dans l’armée au moment de la guerre d’Algérie, je me trouve projeté dans la vie civile. Par l’intermédiaire de l’O.C.D.E., j’enseigne à l’université d’Ankara pour donner des cours sur l’introduction à l’économie et aux relations internationales.

T.P.H. : Votre carrière à l’O.C.D.E. a été particulièrement longue !
J.-P. TUVERI : Oui, mais c’était un choix car j’avais aussi posé ma candidature pour Bruxelles et le FMI. L’OCDE a été la première à me donner sa réponse. Je suis entré dans le « Groupe de Conjoncture économique » à Paris comme jeune administrateur dans la macro-économie. Puis Chef de bureau, Conseiller et Chef de division. En 1990, je rejoins un autre groupe dont la mission consistait à préparer les anciens pays communistes à l’économie de marché. Ma carrière se termine, toujours à l’OCDE, comme directeur  pour la coordination des économies sans lien avec l’OCDE, comme par exemple, la Chine, le Brésil, l’Amérique latine etc.

Jean-Pierre Tuveri, l’homme politique

T.P.H. : A quel moment votre carrière d’homme politique commence ?
J.-P. TUVERI : Je tiens à préciser que je suis maire de Saint-Tropez mais je n’ai pas d’autre mandat. Je n’ai jamais voulu être député ou autre. Je veux simplement développer la ville. Pour répondre à votre question, je suis maire depuis 2008 et c’est mon deuxième mandat. La taille d’une ville comme Saint-Tropez permet d’être accessible aux préoccupations des administrés, à l’inverse d’une grande ville.

T.P.H. : Ce n’est pas courant de devenir maire après une carrière internationale comme la vôtre. Pourquoi ce choix ?
J.-P. TUVERI : Deux raisons essentielles, liées l’une à l’autre. Je suis tropézien, comme vous le savez. Et, devant la mauvaise gestion de l’ancienne équipe, je me suis dit que mon expérience professionnelle pouvait apporter une contribution importante à la qualité de vie à Saint-Tropez. D’autant plus que celle-ci s’internationalise de plus en plus.

T.P.H. : En huit ans, quelles sont les réalisations dont vous êtes particulièrement fières ?
J.-P. TUVERI : Il y en a plusieurs, mais je dirais que je suis assez fier de quatre réalisations. D’abord, la rénovation de la vieille ville qui se trouvait dans un état inadmissible pour une ville internationale comme Saint-Tropez. Ensuite, la rénovation de bâtiments publics, la Chapelle du Couvent, dite Chapelle de Saint-Tropez hors les murs, dont le travail de réhabilitation et de mise en sécurité est remarquable. Sur le plan culturel, il y a le musée de l’Histoire de la Marine tropézienne dans la citadelle. Je tiens à préciser que ce musée, inauguré en 2013 et déjà devenu en 2015 le premier espace muséal payant du Var, avec plus 111.000 visiteurs. Toujours au plan des musées, celui de la Gendarmerie et du Cinéma de Saint-Tropez, inauguré le 24 juin dernier. Il retrace l’histoire de ce corps d’armée de 1879 à 2003. Le musée englobe aussi l’histoire des films, plus de 70, et des stars sur Saint-Tropez. Vu le succès nous espérons avoir une fréquentation de 100.000 visiteurs pour cette année. Savez-vous que le bâtiment est un des plus photographié de France ?

T.P.H. : Vous venez de nous donner une liste plutôt prestigieuse de vos réalisations. Avez-vous réalisé d’autres actions, disons moins culturelle ?
J.-P. TUVERI : Il y a la création d’un pôle enfance regroupant une cuisine centrale pour tous les établissements scolaires. Notre propre chef élabore la cuisine et non une société de restauration, avec une fois par mois des repas bios. N’oublions pas le môle Jean Reveille qui longe le quai entre la tour du Portalet et le phare rouge situé au bout du quai. Il y a aussi les logements sociaux avec pour certains l’accession à la propriété… En terme financier, ce sont plus de 100 millions d’euros investis.

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T.P.H. : Pour le futur, quels sont vos projets ?
J.-P. TUVERI : Des travaux assez lourds. Par exemple, la rénovation des infrastructures sportives, comme le stade et la piscine, la remise en conformité de certaines rues et ruelles avec de nouveaux revêtements. Je caresse un grand projet qui sera de longue haleine : aménager l’esplanade du nouveau port et la création d’un bassin technique pour mettre fin à d’anciens conflits d’usage. Il y aurait une gare maritime, le rassemblement des navettes de transports maritime, les bateaux de promenade, les chaloupes des bateaux de croisière… Cela permettant à Saint-Tropez d’obtenir le label « Ports propres ». A cet ensemble s’ajouterait un parking de 400 places souterrain. Je disais au début « de longue haleine », en effet, le projet concerne le domaine communal et le domaine maritime ; vous voyez qu’il faut s’armer de patience… Par contre, au printemps 2017, nous aurons une nouvelle capitainerie dont le design et l’esthétique plaisent beaucoup. Cette capitainerie sera très High-tech. Je vous disais que Saint-Tropez est une ville qui s’internationalise.

T.P.H. : vous parlez beaucoup d’internationalisation de Saint-Tropez. Qu’entendez-vous par là ?
J.-P. TUVERI : La ville de Saint-Tropez est connue dans le monde entier. Cela a pour conséquence, pendant la saison estivale, de faire passer une ville de 4.500 habitants à 50.000 voir 70.000 habitants jours. Mais le plus important se trouve qu’à mon premier mandant, la ville recevait 35 nationalités différentes. Aujourd’hui, 83 arpentent les rues de notre ville et ses quais. Ces nouveaux touristes et vacanciers, voir habitants saisonniers, n’ont pas tous les mêmes habitudes, les mêmes désirs, les mêmes envies. Nous devons nous adapter, sinon d’autres villes, d’autres pays prendront le relais… Le défi est simple : s’adapter sans perdre notre authenticité. Toute la difficulté se trouve là..

T.P.H. : Originaire de Saint-Tropez et maire de la ville, vous devez bien connaître le tropézien. Pouvez-vous nous en dresser un portrait type ?
J.-P. TUVERI : Exercice périlleux. Je dirais qu’il présente deux faces. D’abord, il est extrêmement attaché à sa cité et à ses traditions. La Bravade, notre groupe folklorique, les associations de patrimoine et sportives sont nombreuses mais également comportent de nombreux membres. La ville ne s’est pas transformée en musée pour touristes. Pour l’autre face, je dirais que le tropézien n’a pas encore totalement pris en compte l’enjeu de l’internationalisation de la ville. Peur de s’adapter ou volonté de ne pas bouger sont encore trop présent. C’est récemment que les restaurant restent ouvert jusqu’à trois heures du matin, les établissements de nuit jusqu’à cinq heures. Cela engendre des problèmes de sécurité, de santé qu’il faut prendre en compte et a améliorer. Mais tous ne sont pas comme cela, beaucoup comprennent que la ville, donc ses habitants sont face à des changements sociétaux difficiles à ne pas entendre.

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Jean-Pierre Tuveri, l’homme privé

 T.P.H. : Nous supposons que Jean-Pierre Tuveri ne se limite pas à l’homme de l’OCDE et au maire. Est-il possible de nous parler de votre vie privée ?
J.-P. TUVERI : bien entendu

T.P.H. : avez-vous une famille ?
J.-P. TUVERI : Oui, je me suis marié en 1972 avec Patricia Murdock, sujet britannique, qui était comme moi fonctionnaire à l’OCDE. Elle est malheureusement décédée en 1994. Nous avons eu une fille qui travaille au Brésil dans l’immobilier. Elle a la double nationalité, française et britannique, et parfaitement trilingue, français, anglais et brésilien.

T.P.H. : Pouvez-vous nous parler de vos passions dans votre vie ?
J.-P. TUVERI : comme je vous le disais au début de l’interview, j’aime l’histoire et j’en garde une grande passion. Je lis beaucoup d’ouvrages historiques et de recherches. Je suis aussi lecteur de l’International New York Times. Je ne fais pas que lire ; je jardine également et fait de la pêche.

T.P.H. : Nous voici à la fin de l’entretien, voulez-vous dire une dernière chose ?
J.-P. TUVERI : je souhaite que Saint-Tropez continue à s’adapter comme elle s’est adaptée aux circonstances de l’histoire. Notre identité est forte, nous devons la préserver et faire attention qu’elle ne se dilue pas dans de nouvelles structures administratives dont la France a le secret !

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