AMOUR du scénariste et metteur en scène chinois Miao Zhao, est un spectacle basé sur une poétique du corps et de l’expression physique. Il y a ni texte ni mot pour traduire les situations mais seulement ce que peuvent dire les bras, les jambes, la tête et les positions du corps. La compagnie SanTuoQi de Beijing, excelle dans ces situations comprenant le mime, la danse, l’acrobatie. Quand l’art dit tout dans le silence du corps expressif. Absolument unique. Au théâtre de l’Etincelle pendant le Off en Avignon 2016. (Photos © Alexandre Reynier/The Provence Herald)
Amour, de Miao Zhao
Présent pendant le Off 2016, le scénariste et metteur en scène Miao Zhao a bien voulu répondre aux questions de The Provence Herald. Rencontre passionnante.
The Provence Herald : Vous avez écrit la pièce « L’Amour », spectacle unique en son genre au Off 2016. Avant de parler de votre travail, pouvez-vous nous dire qui êtes vous ?
Miao Zhao : Je suis né et habite Beijing depuis trente-sept ans. Mes parents font partis de la grande famille de l’Opéra de Beijing. Cela n’est pas sans influence sur mes premières années de formations. Je suis diplômé de l’Ecole Centrale de dramaturgie de Beijing. Mon maître pratiquait depuis longtemps la danse contemporaine. En 2014, j’ai suivi les cours de François et Patricia Lecoq, fils et fille de Jacques Lecoq, venus à Beijing pour donner une formation sur l’expression corporelle. Cette approche n’est pas sans influence sur mes créations.
T.P.H. : Je crois savoir qu’avant « L’Amour » vous avez écrit et mis en scène plusieurs pièces. Sont-elles dans la même expression que celles que vous présentez actuellement ?
Miao Zhao : Ces quatre pièces dont « Aquatique », « Hymne à la disparition », prix de la meilleure mise en scène au Festival d’Edimbourg en 2013, et « Dieu Tonnerre » sont plus ou moins des prémices de « l’Amour ».
T.P.H. : Pourquoi êtes-vous passé du Théâtre traditionnel chinois à une expression résolument moderne ?
Miao Zhao : je crois pouvoir dire qu’il y a deux raisons à cela. D’abord, le Théâtre traditionnel chinois demande des interprètes possédant une technique de très haut niveau. La formation est longue, difficile, voire ingrate, avant de monter sur scène. Cela a pour conséquence, comme vous pouvez l’imaginer, qu’il est plus compliqué de trouver des artistes disponibles. Il faut bien comprendre que les artistes qui se consacrent à la danse contemporaine ne sont pas de seconde zone ; loin de là. Seulement la formation est moins longue. L’autre raison découle du monde dans lequel vit le grand public avec des codes différents. De moins en moins de gens en Chine possèdent les connaissances permettant de comprendre totalement le Théâtre traditionnel. Ce constat m’a amené à me tourner vers une forme de présentation plus moderne, appelée aussi « expression physique » ou « poétique du corps ».
T.P.H. : Venons-en, si vous le voulez bien, à votre pièce « L’Amour ». Quelle est son intention ?
Miao Zhao : Un couple âgé marche dans la ville droit devant eux lorsque soudain en se retournant l’un vers l’autre ils ne se retrouvent pas. L’amour et les souvenirs s’estompent avec l’éloignement. A cet instant leur seul but est de se retrouver. Mais le temps fait son œuvre. Les pas deviennent lourds, absorbant leur espoir petit à petit. La solitude les fait se sentir seuls même dans le monde agité. Cependant, il y a toujours de la folie et de la joie dans la lutte pour se retrouver. Leur retrouvaille, par accident, crée une deuxième rencontre…
T.PH. : A vous entendre faire le résumé de votre pièce, un spectateur occidental pourrait croire qu’elle est triste et porteuse de désespoir. Pourtant ce n’est pas le cas. Comment pouvez-vous expliquer cette contradiction ?
Mia Zhao : Je crois que cela vient d’une différence culturelle entre la Chine et l’Occident. La philosophie Zen nous apprend que vivre c’est incorporer le présent dans sa propre vie en l’acceptant comme tel. Nous ne sommes pas à la recherche exclusive du bonheur comme en Occident, ce qui crée assez souvent des situations conflictuelles violentes. Le bonheur en Europe ou aux Etats-Unis, ou tout au moins ses conditions, doit être fourni par la société. En Chine, le bonheur se trouve dans l’harmonie entre le monde dans lequel je vis et la capacité à vivre l’instant présent. Nous ne cherchons pas à vivre un bonheur omniprésent mais l’intégrer pour exister dans une harmonie incluant le reste de l’existence. Pour revenir à la pièce, le couple âgé qui se perd ne vit pas la situation dans un désespoir existentiel abyssale. Chacun des deux sait que la recherche à petit pas chaque jour est plus propice du bonheur que le désespoir. Ils fuient les excès du bonheur, ce qui peut paraître surprenant pour un Occidental.
T.P.H. : Justement, pourquoi avoir choisi un couple âgé comme protagoniste à votre pièce ?
Miao Zhao : Ce couple, comme tous les couples âgés, a vécu les grandes épreuves de la vie. Il sait que les excès ne mènent à rien. Tout est, seuls ils peuvent le comprendre, dans l’harmonie. Je vais prendre comme explication le cube. Il possède six faces. Chacune représente une période de leur vie : les vingt ans, la trentaine etc. Chaque face, chaque période est relativement simple à expliquer : les joies, les ennuis, les amis, les enfants etc. Mais ce qui permet d’expliquer, de comprendre la vie est ce qui se trouve à l’intérieur du cube. Cette zone grise, intérieure, dit tout, même le bonheur, mais il est difficile à chacun de le dire à l’autre. Nous sommes dans l’ineffable. Les personnes âgées ont cette capacité à le vivre mais sans le dire. C’est pourquoi ils communiquent dans le silence. Non qu’ils ont rien à dire mais au contraire c’est celui-ci qui leur permet de tout se « dire ». Voilà pourquoi j’ai choisi le couple de personnes âgées ; ils sont les seuls à connaître. Ils nous donnent une belle leçon de vie. Le bonheur, c’est savoir qu’une année a quatre saisons… L’art cherche la réponse dans l’intérieur de la boîte que l’on ne peut pas expliquer ; c’est la force de l’art.
T.P.H. : Justement, vous êtes en Avignon pour présenter votre pièce « L’Amour » dans le Off. Comment vivez-vous ce que vous venez de dire au sein d’une ville occidentale ?
Miao Zhao : Si vous le permettez je vais vous dire un proverbe chinois : « si on veut être bien soi-même, il faut aller chercher par le monde ». Pour moi, Avignon est un miroir qui me permet d’être face à moi-même. Je me connais mieux par le regard des autres et je connais mieux les autres par ce qu’ils font. En France on vit plus facilement nos différences artistiques et cela me permet de mieux connaître d’autres publics. L’art permet de vivre une autre culture. Ici, comme ailleurs en Chine, quand je crée je pense.
Miao Zhao, en bas à gauche, et la troupe SantuoQi
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