Kafka : il est rare de pourvoir passer une heure à écouter un écrivain comme Franz Kafka sans tomber dans une certaine somnolence. Même s’il est de bon ton de dire que cela a été « passionnant », « fascinant », etc. Eh bien, détrompez vous. François-Paul Doussot nous amène dans un voyage où la compagnie de Kafka se révèle des plus inattendue. A consommer sans modération. Pendant le Off 2016 en Avignon. (Photo © Alexandre Reynier/The Provence Herald)
Kafka et J.F. Doussot : une rencontre de textes
François-Paul Doussot, sortant de scène et pas encore totalement changé.
Une manie bien répandue sur toute la surface du globe est de s’extasier devant n’importe quoi dès que c’est écrit, composer, monter pas par n’importe qui. Mais F.P. Doussot, seul sur scène, arrive, pendant une heure montre en main, à nous faire prendre les chemins de traverse en compagnie d’un écrivain réputé avoir écrit des livres « sérieux ».
Longtemps le récitant arpente « Préparatifs de noce à la campagne » de Franz Kafka, ouvrage comportant trois cents textes plus ou moins longs, d’une ligne à plusieurs pages. Il en a retenu vingt-cinq. Ceux-ci sont lus et relus, médités, absorber, malaxer, ressentis, intégrés pendant plus de vingt ans. Quand leurs contenus lui sont apparus évidents et la suite de la présentation des textes intelligibles, il se met sur scène, face au public, en aspirant les auditeurs dans une déambulation où se mêlent une galerie de personnages époustouflant. Faire vagabonder dans un univers kafkaïen qui ne l’est pas mais qui l’est dans l’esprit des auditeurs n’est pas à la portée de tous.
La récitation, dans le sens noble grâce à une voix posée, une gestuelle minimaliste, un regard hypnotique, un expressionnisme coloré, se trouve magnifiée par l’évident plaisir de F.P. Doussot à prononcer chaque mot. Nous voyons la mise en oeuvre de mots en gastronomie ; l’évidence des sens pour rêver.
Kafka, F.P. Doussot et un chien
Le concepteur et le récitant, F.P. Doussot, commence le spectacle dans une niche verticale faiblement éclairée, assis sur un tabouret de bar, les yeux sur les spectateurs. Quand tout le monde est assis, il pose les pieds à terre, avance, se remplit du silence et tout en glissant son regard de droite à gauche, dit posément comme une évidence : “Bizarre ! dit le chien en se passant la main sur le front. Où suis-je donc allé courir ? …”
Oui, c’est bien Kafka. Nous écouterons, non nous voyagerons dans le temps, l’espace, les situations, regardant les gens, respirant leur air, ressentant leur propre vie, le vent. Vingt-cinq textes, du haïku au court essais, empreints d’émotions mais tous disent la beauté du monde, à la Kafka. Des mots expliquent le monde, d’une façon concrète ou au second degré, avec sérieux ou légèreté mais à chaque son sortant de la bouche du récitant nous sommes portés dans un monde inconnu. Et c’est tant mieux.
Kafka sur scène
Mettre Kafka sur scène présente pour F.P. Doussot plusieurs impératifs, d’abord : « Je mets toute la ponctuation des mots. Je ne suis qu’un médiateur ». Pour toujours ressentir ce qu’ils sont, une obligation : « Je les répète tous les jours ». Chaque artiste possède sa méthode pour retenir de si nombreuses phrases mais : « Sans la mémoire du corps, il n’y a pas de mémoire du texte ». Tout cela afin de ne pas sur-jouer pour maîtriser une évidence « Sur le plateau les acteurs pensent jouer un rôle, alors que dans la vie tout le monde joue un rôle ».
Si la force du spectacle se trouve dans le choix des textes, sa maîtrise et leur déclamation par F.P. Doussot, elle est magnifiée par la mise en scène de Stéphane Godefroy mettant parfaitement en exergue par son minimalisme toute la puissante du verbe. La bande son, précise et claire sachant se fait oublier au bon moment, est la preuve que le bruit n’est pas fait pour vagabonder.
Fait d’intelligence et de subtilité, le spectacle ouvre un horizon méconnu sur Kafka. Et nous invite à relire ses textes. Mais aurons nous le même plaisir sans la voix de F.P. Doussot ? Au théâtre « La Petite Caserne », 119 rue Carreterie.
L’équipe de Baltring’& Cie (de gauche à droite) : François-Paul Doussot, conception et jeu, la directrice du théâtre “La Petite Caserne”, Stéphane Godefroy, metteur en scène et Valentin Cornair, régie.
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