MIRONG, par la compagnie de théâtre SEE RUN, possède la particularité, rare pour les occidentaux découvrant le théâtre coréen, d’émouvoir jusqu’aux larmes. En effet, Mirong allie l’esthétique raffiné propre à la civilisation asiatique avec une narration ne cachant rien de la réalité quotidienne. Une réussite totale. Off Avignon 2016. (Photos © Jean Couturier)
MIRONG : deux faces de l’amour
Disons-le tout de suite. Mirong est l’histoire d’un amour contrarié par l’homme, en l’occurrence le maître, mais sublimé par l’art.
Doil et Choyoung, deux disciples en danse de cour, Chunaengjeon, tombent amoureux l’un de l’autre. Doil, fils adoptif du maître, est fasciné par la danse masquée populaire. De dépit le maître castre Doil, autant par jalousie que par colère face à son choix artistique. Le disciple quitte la cour pour suivre une troupe de saltimbanques, Namsadangpae. Choyoung, perdue d’amour se coupe la langue mais reste auprès du maître jusqu’à sa mort.
Doil devient clown dans une troupe. Choyoung et Doil se retrouvent quarante ans plus tard. L’un ayant atteint par son art populaire le Mirong, le sourire à l’apogée de la danse. Choyuong en dansant avec celui qui porte le masque finit également par atteindre le Mirong, la perfection amenant le sourire. Malgré cela, l’un et l’autre savent qu’ils ne pourront jamais être ensemble ; Doil reprenant son chemin de clown…
Une subtile mise en scène
La metteuse en scène, Lanju HONG articule la progression de la pièce par petites touches mettant en valeur l’évolution psychologique des personnages. Nous avançons avec Doil et Choyoung dans les épreuves de la vie (priapisme, relation sexuelle, castration…), nous assistons aux Mirong mais aussi à la bifurcation des vies. Nous sommes confrontés à ce dur constat : est-il possible d’être au sommet de l’art, le Mirong, et avoir une vie somme toute banale ? Le choix de Lanju HONG sonne comme un gong obligeant le spectateur à voir la lumière de face.
« Enfant qui danse », de Kim Hongdo, XVIII° siècle.
La pièce a été écrite par la metteuse en scène elle-même : « c’est à partir du tableau « enfant qui danse », de Kim Hongdo du XVIII° siècle, que j’ai conçu le spectacle. Mirong veut dire le sourire marquant l’apogée de la maîtrise de la danse par les danseurs, de cour comme d’art populaire ». Sur la mise en scène, Lanju HONG précise « j’ai choisi une danse la plus lente et la plus silencieuse parmi les danses coréennes. Elle représente, pour moi, une philosophie de la vie confrontée par nos ancêtres, artistes et le peuple. En me concentrant sur la danse j’ai écrit une histoire sur l’amour, sur l’art et sur le destin parfaitement exprimée par le peintre Kim Hongdo. Pour le rôle du maître, je me suis inspirée de la vie de Kim Chang Ha, maître de musique de cour royale et danseur du Chunaengjeon sous le règne de Sunjo de Joseon au XVIII° siècle ».
Le décor du plateau, de PARK Miran, rend toute la subtilité des personnages. Un tulle en fond de scène, aussi bien côté cour que jardin, autorise des jeux d’ombre projetés comme autant de passage entre l’une et l’autre scène. L’ensemble de l’espace est occupé par les acteurs, la cour ou les saltimbanques se mouvant tout en gardant la même distanciation au fil de l’histoire.
Il ne faut pas oublier les acteurs, tant Doil, Choyoung, le maître ou les saltimbanques qui allient à la perfection, danse, chant, et jeu, le tout dans un sens du déplacement millimétré tout en laissant place à une certaine improvisation, en fonction des réactions du public.
Mirong est une invitation à mieux connaître l’art coréen parfaitement réussie !
Cet article MIRONG, LE SOURIRE DE LA PERFECTION ou l’esthétique des émotions est apparu en premier sur The Provence Herald.
par The Provence Herald http://ift.tt/2awIptq
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire